Pourquoi j'ai donné mon blog à lire à John...parce que je voulais lui montrer ma part intime,celle que je
n'avais pas toujours le temps de lui exposer,celle qui se passait de mots,celle qui le contenait aussi dans tout ce que nous nous sommes permis de faire...Cependant,celà a fait un gros clash.Et
pourtant,je pensais réellement que cet homme plus âgé que moi et qui en avait vu de toutes les couleurs pouvait me lire avec tout le recul de son experience,et par celà mieux m'approcher.Il n'a
pas supporté toute l'intimité dévoilée,il n'a pas pu voir mon bonheur d'être avec lui ,tout celà était rendu aveuglant par le reste,les autres,les histoires de coeur,les amours vivantes,les
amours mortes.Si j'ai voulu lui montrer quelque chose de moi,il faudrait en rester à ce tableau de Picasso devant lequel je me suis assise dévorée d'émotion,en sentiment presque amoureux comme
une rencontre.Et lui dire:"voilà qui je suis".Cette femme là.Mais aujourd'hui,j'ai pu un instant me mettre à sa place,à sa place d'homme fragile,et peut-être qu'en inversant les rôles je n'aurais
pas non plus supporté la nudité de cette confession là.Et pourtant..........................................J'ai lu cette phrase de Pascal Quignard:"Aimer,c'est pouvoir penser tout haut avec un
autre être humain.Confier ce qui passe par la tête,c'est comme arracher le voile sur sa nudité et ses états.L'intimité ne se discerne pas de l'extrème franchise.C'est l'indécence
même."............................................................................Voilà,aujourd'hui,je n'ai plus John pour projeter des magnifiques rêves éveillés..Je ne voulais pas le faire
souffrir,il souffre.Et chacun au bout de nos solitudes on pense sans doute à ce tableau que l'on doit rencontrer.
Aujourd'hui, en ce premier jour de l'année,j'ai regardé avec joie,grande émotion et recueillement le fil
d'Agnès Varda,"Jacquot de Nantes".Je suis donc retournée avec eux sur la plage de la cantine à La Guérinière,dans le passage Pommeraye à Nantes.Jacques Demy est allongé sur la plage.Tout habillé
comme toi Christian quand tu es venu le premier été nous offrir des glaces.J'ai plongé dans l'incroyable histoire d'une vocation,d'une vie pour le cinéma,pour l'art.1 Janvier 2012,la vie de
Jacquot de Nantes est une leçon de passion,d'obstination et d'amour.Pour commencer l'année...et s'en servir chaque jour.
Après de années de lutte pour survivre,après avoir vécu ton histoire d'amour avec mon frère,puis être parti
sans le sou,à droite à gauche dans Paris,parfois dormant sur un trottoir ou au samu social,vous vous êtiez retrouvés autour de la petite maison de La Guérinière que mes parents te confiaient
pendant l'année.Là-bas,dans l'air pur et la lumière de l'océan,tu t'étais reconstruit,et tu nous avais architecturé un jardin poétique avec des allées en pierres jointoyées,des petites sculptures
disposées parmi les herbes aromatiques,des plans de tomates,et tout un espalier qui flaurissait tout l'été de magnifiques ipomées.Du coup,ton histoire d'amour avec mon frère était devenue à
l'image de cette maison de pêcheur très résistante.Cet été,nous avions dégusté des huitres ensemble au port du Bonhomme,tu m'avais parlé de ton intention de te pacser avec lui pour vos vieux
jours disais tu.Aujourd'hui,j'apprends qu'il y a trois semaines,tu as fait une chute mortelle dans la maison.Personne ne t'avais trouvé.Ce sont les gendarmes qui ont ouverts la porte.Nous,nous
sommes loin.Toi,tu es mort tout seul sur cette île,sans ton compagnon qui pleure là-bas à Paris.Né de parents maltraitants,tu avais résisté à peu près à tout en 60 ans de vie.Je pense à
toi,Christian,et à vous deux "les chatons"comme vous aimiez vous nommer.Aujourd'hui,la secousse sismique est pour nous.
Soigner/poser ses mains/rencontrer les vies,les bouts de vie,les fins de vie.J'étais assise à côté de ma
patiente Chantal.On regardait "La guerre est déclarée".Je ne l'avais pas reconnue au début parce qu'elle avait les cheveux couleur auburn,ce qui lui allait super bien.J'ai pensé à elle pendant
tout le film.Elle que j'avais rencontré il y a plus de 15 ans;elle,brulée à plus de 80%,dans sa caravane un été de vacances,elle assise face à moi,et dans ce face à face me disant les yeux dans
les yeux l'indiscible,la perte de ses deux enfants brulés dans cet accident,les mois de coma pour se reveiller dans la douleur d'une brulure totale.J'ai posé tres longtemps mes mains
sur ses cicatrices,ses chéloïdes,ses bourgeonnantes,ses adherentes...Mais le soir de notre première séance,je suis arrivée chez moi et je me suis écroulée,longtemps secouée par des sanglots,des
fissures,des entailles.
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